Trac du musicien : les 15 – 20 ans montrent l’exemple

J’ai eu la chance de vivre une expérience passionnante : animer une formation sur le thème du trac pour de jeunes musiciens (15-20 ans en moyenne) engagés dans un parcours professionnalisant. Contrairement à beaucoup de leurs aînés, ils n’estiment pas que « si tu as le trac, tu n’es pas bon » : ils l’assument !

 Le trac, ça se travaille

Leur logique, c’est plutôt celle de ce clarinettiste de haut niveau qui disait à un élève pendant une master-class : « le trac, c’est comme la technique, ça se travaille. »

Ca se travaille, en effet, pour échapper aux mains moites, à la respiration qui se bloque, aux tremblements, à la vue qui se brouille. Ces symptômes, vous les avez croisés un jour ou l’autre. J’avoue que je les ai subis aussi, à mon modeste niveau de pianiste amateur, en jouant devant des amis un morceau pourtant longuement étudié !

Comment évoquez-vous le trac avec vos élèves ?

Beaucoup de professeurs d’instruments se sentent démunis devant le trac. Celui de leurs élèves, qu’ils ne savent pas comment combattre (normal, la gestion du trac n’est enseignée ni en école de musique, ni en conservatoire). Et le leur, qu’ils ont tendance à masquer pour ne pas être pris en « défaut ». Ce qui alimente un cercle vicieux : je ne veux pas montrer que j’ai le trac, donc je me mets la pression, donc je me rajoute du stress, donc j’ai encore plus le trac etc.

Une élève de CEFEDEM qui préparait un mémoire sur le trac m’a raconté un jour qu’elle avait adressé un questionnaire à tous les professeurs de son Conservatoire. Le thème principal : « comment évoquez-vous le trac avec vos élèves ? ». Il y avait eu 80% de non-réponses. Les 20% restants disaient expliquer à leurs élèves les « trucs » qu’ils avaient mis au point pour eux-mêmes.

Les jeunes musiciens font tomber les barrières

Mais revenons à nos jeunes ! Ce qui m’a frappé, c’est qu’il y avait chez eux très peu de résistances, de « barrières », de doutes sur leurs capacités à évoluer. Pendant deux jours, ils ont travaillé leurs entrées en scène, expérimenté plusieurs techniques de relaxation, analysé leurs peurs (à commencer par la peur du regard de l’autre), appris à faire avec leur corps et non contre lui.

Leur enthousiasme et leur implication faisaient plaisir à voir. En fin de formation, ils ont même proposé de refaire par la suite certains exercices entre eux.

Espérons qu’ils en inspirent d’autres ! Faire l’impasse sur son trac, c’est remettre le problème à plus tard. Décider de le comprendre et d’y faire face, c’est commencer à le positiver. Il est connu que certains grands musiciens ne jouent en public que bourrés de bêtabloquants, que d’autres limitent autant que possible leurs prestations en solo. Ne serait-il pas plus simple de s’attaquer au problème dès le plus jeune âge pour ne pas ruiner nombre de talents et d’efforts ?

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