L’ancrage au sol : une base solide pour libérer sa musicalité

Les pieds calés contre les starting-blocks, j’étais au départ d’un 100m, prêt à bondir jusqu’à la ligne d’arrivée. A côté de moi, Usain Bolt, prêt à en découdre. Je ne me dégonfle pas et suis prêt à relever le défi en donnant le meilleur de moi-même.

Le starter retentit et je m’élance alors qu’une pluie torrentielle s’abat sur la course. Elle transforme le couloir de Bolt en un amas de boue épaisse et glissante. Aussi absurde que cela puisse paraitre, le mien de couloir reste parfaitement sec et praticable.

Incroyable ! Je gagne la course face un Bolt médusé.

A peine le temps de savourer ma victoire fracassante que mon réveil sonne, m’extirpant d’un rêve au scénario particulièrement mais étonnamment respectueux des lois de la physique.

39095684 - barefoot running on beach at sunset.

Avez-vous déjà remarqué comme il est compliqué de courir ou de pratiquer un sport sur une plage, les pieds dans le sable ? Ou sur un terrain détrempé et glissant ?

Vous avez certainement une petite idée de la raison pour laquelle une partie de beach-volley ou un petit footing au bord de l’eau seront plus fatigant que leurs homologues urbains : le manque d’adhérence, de prise au sol (comme sur un terrain trop malléable ou trop glissant) diminue considérablement l’efficacité de la propulsion ou du maintien de l’équilibre.

Et justement, pour en revenir à la pratique du musicien, parmi les pré-requis d’une posture de jeu efficace et confortable, l’équilibre et la solidité des appuis en sont parmi les plus importants.

La précision, les nuances dans le jeu, et l’endurance dans l’interprétation ont ceci de commun qu’elles nécessitent toutes une certaine stabilité de l’effecteur du geste musical, généralement la main ou les lèvres.

Disposer d’une main solidement accrochée à son instrument, même si elle semble se suffire à elle-même pour se stabiliser, n’est pas satisfaisant.

Si l’appui du bras tout entier n’est pas suffisamment consolidé par l’épaule, la main seule ne peut pas trouver l’appui indispensable à sa pleine action, contrairement à ce que beaucoup peuvent s’imaginer empiriquement.

De même, si l’épaule ne dispose pas d’une assise solide sur la colonne vertébrale, le problème reste entier…

Et la réaction en chaine se poursuit, en passant par le bassin, puis les jambes, pour enfin arriver au seul dénominateur commun en terme de stabilité : l’ancrage au sol.

Sans de bons appuis au sol, la mécanique corporelle ne dispose pas de cette base indispensable à la construction d’une posture de travail optimale.

Pour bien le comprendre, imaginez de nouveau ce cher Usain Bolt sur sa piste boueuse et détrempée. L’athlète dispose d’une capacité de gainage musculaire ahurissante, faisant des différentes parties de son corps un seul et même bloc solide comme un roc. Ajoutez à cela une explosivité musculaire capable de développer une propulsion particulièrement puissante. Ce déploiement de force restera vain s’il n’a pas la possibilité de répercuter cette puissance sur des appuis stables au sol.

Pour le musicien, les enjeux d’un bon équilibre et d’une telle stabilité au sol (cités plus haut) ne sont évidemment pas les mêmes, mais restent néanmoins indispensables à la qualité d’une interprétation :

– Précision du geste (sinon comment rester précis lorsque nos repères sont troublés par un manque de stabilité?)

– Nuances (piano/forte, pour pouvoir passer de l’un à l’autre avec force, rapidité et régularité, sinon chaque changement de relief sonore sera propice aux irrégularités. Sans appui stable, l’adaptation à la contrainte inhérente à chaque note sera beaucoup plus difficile à mettre œuvre, laissant la place à l’imprécision et l’irrégularité du jeu.)

– Endurance (un corps qui n’a pas besoin sans cesse de réajuster son équilibre se fatigue moins vite)

Evidemment, si le musicien teste cette adaptation posturale sur une œuvre sans difficultés, ni sans grand relief, les écarts en terme de qualité d’interprétation ne seront pas d’une évidence incontestable (encore que…). Pour autant, en termes d’effort physique et d’endurance, la différence ne sera pas aussi négligeable.

Les maux de dos notamment, mais aussi les problèmes d’épaule (ou même parfois de main !) peuvent être liés à un déficit de stabilité et d’ancrage dans le sol.

Vous l’aurez donc compris, pour bien utiliser votre instrument, commencez déjà par vous soucier… de vos pieds !

Flûte, cor, basson, violon et alto : un point commun ?

Si vous observez un de ces instrumentistes, il y a de fortes chances pour que vous puissiez voir un net déséquilibre entre les 2 épaules. L’épaule droite est nettement en arrière par rapport à l’épaule gauche, parfois plus haute, le plus souvent plus basse. Cet état de fait n’est pas sans conséquences et peut être facilement compensé….

Ces instruments ont un point commun : ils ne se portent pas de façon symétrique, et imposent un appui buccal ou mentonnier provoquant un point fixe haut. Cette asymétrie, qui se compense le plus souvent au niveau des mains et des épaules, devrait, dans la réalité, se construire au niveau de la tête et du cou.  Lire la suite

Pianistes : n’oubliez pas votre corps!

« J’ai eu de merveilleux professeurs de piano, qui m’ont apporté beaucoup, et je ne saurais les remercier assez. Mais il est un domaine, la biomécanique, où leur savoir ne suffisait pas, même si certains avaient de géniales intuitions dans ce sens.

Comme beaucoup de pianistes, je m’étais fait à l’idée qu’à force de travail et de sueur je progresserais. Il ne m’était pas particulièrement venu à l’esprit que la répétition ne réglait pas les problèmes, mais avait plutôt tendance à les enraciner. Lire la suite

Un kinésithérapeute dans un orchestre : indispensable!

Comme les sportifs de haut niveau, les musiciens d’orchestre ont besoin de l’aide d’un kiné, c’est incontournable. Mais quel est son rôle ? On imagine volontiers sa mission : soigner les douleurs et petites blessures, et détendre les artistes après un travail ardu. En coulisse, la réalité est toute autre!

Plus que soigner, le kinésithérapeute d’orchestre a un rôle essentiel de prévention. C’est sa première vocation. Et si en plus, il avait en plus un rôle sur les capacités d’interprétation et sur le plaisir de jouer que chaque musicien souhaite toujours perfectionner ? Lire la suite

Muscles de postures, muscles dynamiques : tout est utile pour la musique

Pour tout mouvement, il faut un point fixe. Que ferait le couteau, sans la fourchette pour immobiliser le morceau de viande ? Ainsi, tout mouvement se construit à partir d’un point fixe qui sert d’appui à un déplacement.

Le corps respecte ce principe mécanique : nous construisons nos postures, c’est à dire les points fixes sur lesquels s’appuient nos gestes, grâce à des muscles dits posturaux; ils ont le rôle de la fourchette qui immobilise le morceau à couper. Nous réalisons nos gestes, c’est à dire nos déplacements, grâce aux muscles dynamiques; ils assurent le mouvement proprement dit, celui du couteau. Lire la suite

Académie des Arcs : les kinés étaient du festival

Vous cherchez des thérapeutes spécialisés, capables de traiter vos douleurs (tendinites, douleurs de dos, fourmillements …) et de vous faire travailler à l’instrument en sécurité ? 14 kinés d’horizons variés se sont formés à la rééducation et au travail spécialisé avec les musiciens .

Théorie le matin, consultations l’après-midi, concerts le soir, ce fut intense et enrichissant. De très belles rencontres d’artistes, des passions qui jaillissent, beaucoup de coeur à l’ouvrage. Lire la suite

Respiration du musicien : essayez l’application gratuite Respirelax

Vous voulez canaliser votre trac avant une prestation ou tout simplement, vous mettre en condition ?  Vous jouez d’un instrument à vent et vous vous sentez fatigué après les répétitions ? Vous cherchez plus simplement à vous détendre ou à évacuer une émotion négative ?

Je vous conseille alors, si vous avez un iphone ou un ipad, de télécharger l’application gratuite Respirelax, développée avec des médecins Lire la suite

Trac du musicien : 10 idées reçues à combattre

1. Un bon musicien n’a pas le trac

Se mettre ce genre d’idées en tête vous incite à masquer votre trac pour ne pas qu’il se voie : vous avez peur de montrer votre peur et vous entrez dans un cercle vicieux. Evitez de vous mettre encore plus la pression : acceptez votre  tract. Et pensez à Jacques Brel, cet immense interprète, qui était malade avant chaque concert : même les meilleurs ont le  trac.

2. Le trac, ça passe avec les années

J’accompagne des musiciens chevronnés qui jouent en orchestre symphonique depuis plus de 20 ans et ils ont le trac, eux aussi. Lire la suite

Pouce droit du clarinettiste : arrêtez le massacre !

Allez faire un tour sur un forum de clarinettistes : vous serez édifié par les conversations qui parlent du pouce droit, des douleurs au pouce droit, des trucs et astuces inventés par les uns et les autres pour atténuer ces douleurs… Je ne résiste pas à la tentation de me mêler au débat et de donner mon avis : on peut jouer de la clarinette sans avoir mal au pouce droit. Lire la suite